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Susanna Rafart (1962-)
« Les frontières ou les limites sont importantes. Ce sont des lignes que la poésie cherche à comprendre, à traverser, à définir. La poésie franchit les frontières, car à chaque ligne, à chaque limite, il y a une transformation. On pense souvent que cʼest le mur, la ligne au bout des choses, sont présents dès les débuts de notre littérature. Pensons, par exemple, à Gilgamesh, ce prince bâtisseur. À chaque sortie des murailles de sa ville, il fait face à la douleur de la mort et au besoin dʼimmortalité. Mais les murailles ne suffisent pas, elles ne permettent pas de la transcender. Il y a aussi le poème de Cavafy, En attendant les barbares. Les civilisations, dʼune manière ou dʼune autre, marquent toujours leurs frontières. Et la frontière représente lʼautre, le sauvage, le barbare. La civilisation ne se justifie que par la présence de lʼautre, mais à la fin, le barbare ne vient pas, et la civilisation perd son sens. Dans ma poésie, et dans mon livre Beatrice ou la frontera , je parle de frontières à dépasser, souvent avec un sacrifice personnel, comme dans lʼexil. Dans ce cas, moi aussi, je suis une sorte de Béatrice, une figure du Paradis, accompagnant celui qui traverse les limites, lʼaidant à avancer. »
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