
Bé-gué-yer, le carnet de notes

Comment capturer, comment garder ce qui est toujours filant, incandescent, un état brouillon, et donc souvent aveugle et criard, mais constituant la seule base possible d’une forme artistique en devenir ? Ces notes filmiques sont les preuves glanées, puis choisies, d’une posture, bien que initiale, d’un corps à la recherche d’une nouvelle langue. Point d’une langue déjà prête, point d’une langue de norme, mais un code fugace d’une expression future. Ce sont des poèmes oraux dans l’espace public, des poèmes improvisés : « Chanteur, exécutant, compositeur et poète ne font qu’un, sous différents aspects mais au même moment. Le chant, l’exécution, la composition sont les facettes d’un même acte. » (cité d’après Dominique Casajus, L’Aède et le troubadour, 2012, p.11) Au fil d’une vingtaine de vidéos, plus ou moins expérimentales, on accompagne souvent mon corps, devenu le corps de Jacques Clairsens dans la version écrite Journal de voyage. Ce qui paraît mon corps sert à mettre en scène ce que le journal de voyage désigne par « Bouco ». Ce mot provençal n’est que le cognant du mot français bouche, ou du portugais boca, issus du latin bucca. Silencieuses, mes pages écrites ont réclamé du mouvement afin de pouvoir surgir et se taire dans la lecture faite par autrui. L’idée d’un Bouco écrit est apparue grâce au mouvement du Bouco agité, d’une bouche chantante qui boite, qui marche maladroitement et qui occupe l’espace de manières diverses. Debout, allongé, près de la caméra comme s’il allait la dévorer, ou même coupé du cadre, voire absent, le Bouco est intarissable. Parler c’est tenir la respiration. Il fait du tapage, il est indigné, nerveux, fiévreu, amoureux. Il est surtout surpris par les langues romanes qu’il découvre, par les poésies qu’il rencontre. Le Bouco est le rappel que les premiers temps de la poésie, comme c’est le cas pour la lyrique médiévale des troubadours, furent oraux. Le Bouco est un rappel d’une oralité, quelquefois sacrifiée au détriment du travail écrit. Les notes permettent de donner voix au Bouco, qui n’est que matière à lire dans le Journal de voyage. Tous les lieux que j’ai parcourus durant les voyages du Gué-savoir y sont presque représentés : de Marseille, point de départ, aux vagues du Hudson lors de la visite du Pergaminho Vindel à New York. Les notes attestent le néant, le res troubadouresque d’une langue exposée, dite à voix haute. Le corps, ici, aimerait bien ne plus savoir s’arrêter de gigoter les mots.

"o vento (que te torna verde) nele, na sua boca, Bouco"



"o Bouco procura dizer o que não pode, poda, poesis"














"o teu Bouco pleino de viço
Bouco à boca (prendre la langue) minha senhor,
Bouco Bassin
a boca lacustre
sentada na roc, no port
dá-se En Bouco, bouche, boca"



"Bouco mãos
Bouco abocanha
Bouco encima o cyprès,
o Bouco exala alen
o Bouco citado por Serge Bec
o écueil écume de uma fala
o Bouco em silêncio"

"ce Bouco qui me respire
j’ouvre un morceau pour parler du Bouco trouvé au pied de mon talen, de mon...
le Bouco veut se soustraire à la fragilité de l’amour dans sa bouche"





"Bouco,
l’amour souffle ce res
qui ébranle"














Reverdir
Ieu quedo
NA BAUCA à travers les aubres
Vert plein
Na saliva voa a lauzeta
Hojar enic
Olhar tenç
Na Praza do meu falar.
le Bouco ne peut pas retenir le cri
la circulation du Bouco par une contrée corps
NA sèche BAUCA
Lit de texto
O vent
Bise,
Alen
Na sai
Na lai
Ieu la chemise
Na hont
Na fonte
Ma mer déferle.


Espero ton éveil ô Bauca
rectangle or(t), Na Bauca
Pola DAUNA balance
Na barca Bauca
'Eslengatz
Badatz
En auzel mut
Na lenga talhada
Dralha est le mot.
Vert Na Bauca sèche que giscla a saliva da boca da DAUNA para o Bouco, a sua faula
Faidit, jauzit
Na Bauca muito jauzida
Bauca est baie bouche esbaudida
EN BOUCO,
Lire
Ler
Leer
Lière
NA BAUCA

Pantai
Sonhar En chivau
Debout hirsute
Mots hirsutes
Rodez ou Astúrias
Pound vê Rhôdes !
Unha mirage ?
Unha ascencion ?
Um caer ?
Na estranha guiza ?
Um colosso de lenga ?
Na Dauna morre ?
Na langue
Na leva lengo
Sons et mots acordados
Fora da morte
En aucèu mut abre la lenga
Resplan o inverso !
NA BAUCA croys
De chantar m’era laissatz
En Vidal perd sa la langue
E fo vers c’us cavaliers de San Zili li tailla la lenga,
Ele vê En loup en silence
Na razo :
[…] e ele estava coberto de uma pele de lobo para fazer crer aos pastores e aos seus cães que ele era um lobo.
"Une lampe
Caíanlle os ollos numa estrofe de Arnaut Daniel
Cobla ar resplan :
Voilla, sil platz, qu’ieu e midonz jassam
En la chambra on amdui nos mandem
Uns ries convene don tan gran joi atendi,
Qued seu bel cors baisan rizen descobra
E quel remir contrad lum de la lamp
Eis que dorminos, eu no quarto com midonz, lugar do nosso precioso encontro. Espero por este joi de risos e beijos e pela descoberta do seu corpo, que eu contemplo à luz de uma lâmpada."




Ai ondas que eu vim veer,
se me saberedes dizer
por que tarda meu amigo sem mim?
Ai ondas que eu vim mirar,
se me saberedes contar
por que tarda meu amigo sem mim?











