Eva Veiga (1961-)
Ma mère a insisté pour que j'y aille, car l'institutrice, Doña Carmen, était son amie. Elle m'a emmenée à l'école, et dès le premier jour, ce fut une expérience magique, merveilleuse, dans le sens étymologique du terme : un émerveillement, presque un miracle. L'institutrice a lu un poème aux élèves les plus âgées, parlant de la transformation d'une chrysalide en papillon. J'étais absolument fascinée, profondément émue. Elle m'a expliqué que c'était de la poésie, et que ceux qui l'écrivaient étaient des poètes. Ce jour-là, en rentrant à la maison, j'ai annoncé à ma mère que je voulais devenir poète. Ce qui m'a émerveillée dans cette expérience, dans cette écoute, c'était la poésie en elle-même, avant même de comprendre ce qu'elle était. Cela créait un miracle, une merveille : des mots enlacés les uns aux autres d'une manière différente, avec un rythme précis, créant un monde. Un monde rempli de couleurs et de tonalités. J'ai compris qu'il était possible de vivre une autre vie, un autre monde, avec une intensité supérieure à celle que la réalité elle-même pouvait offrir.


